Le policier mis en cause dans l’exécution d’un présumé bandit, vendredi, est placé en détention préventive. Il serait accusé d’homicide.
Homicide. Sans plus de précision, telle serait la nature du chef d’inculpation retenu contre le policier accusé d’avoir « abattu », un présumé bandit, le vendredi 23 août, à Ampeloha. Présenté à la justice, hie r après-midi, cet inspecteur d e police est, actuellement, en détention provisoire à la maison de force de Tsiafahy
Rafanomezantsoa, ministre de la Sécurité publique, qui a annoncé l’information durant une déclaration, hier en début de soirée. « Je réitère que la police nationale ne défend pas et n’est complice d’aucune infraction à la loi, quelle que soit sa nature. La police nationale réitère ses engagements devant la population de faire son devoir dans le respect de l’État de droit », arme le membre du gouvernement, tout en présentant ses condoléances et ses excuses aux proches de la personne décédée. Une fusillade entre les policiers et les présumés bandits a éclaté après qu’une tentative de braquage ait été avortée, à hauteur d’Antsahamanitra. S’ensuivit une course-poursuite, où l’un des prétendus gangsters, a été appréhendé, à Ampefiloha. À terre, non-armé, mal-en-point et, visiblement, incapable d’opposer une quelconque opposition, l’homme a été tué par un tir à bout portant décoché par l’un des policiers présents. La balle s’est logée à l’arrière de sa tête. La scène s’est jouée devant les caméras de la presse et ceux des téléphones mobiles de certains des badauds qui y assistaient avec frayeur. Assainissement Des enfants figuraient parmi la foule. « Nous avons fait une auto-saisine et mené une investigation sur terrain. Plusieurs sources différentes, dont deux stations télévisées ont filmé la scène », indique Seth Andriamarohasina, rapporteur de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (C NID H ), qui qualifie l’a c t e d’« exécution sommaire ». L’affaire divise l’opinion publique. Une partie estime légitime qu’un bandit soit tué. L’autre, met en avant les principes d’État de droit et des droits de l’homme. « Il ne s’agit pas de défendre les criminels, mais de respecter la loi, outre les considérations des droits de l’homme », soutient un juriste. Pour les Forces de défense et de sécurité (FDS), l’usage de la force est conditionné par la proportionnalité des armes, les faits justificatifs de la légitime défense et l’état de nécessité. « Il y a eu une violation grave des droits de l’homme. Non seulement la personne a été abattue, mais elle a été privée de son droit à la présomption d’innocence et à un procès équitable, sans parler du manque de respect envers les sensibilités de l’assistance », réagit Seth Andriamarohasina. Le membre de la CNIDH se réjouit, toutefois, du fait que l’affaire ait découlé sur une procédure judiciaire. Cette fois-ci les responsables ont démontré qu’ils étaient en train de dépasser le corporatisme. Ce qu’il faut souligner, c’est que les entraves aux droits de l’homme, les bavures et autres infractions ne sont pas des faits de l’Etat, mais de ses agents. Ces derniers se cachent, ensuite, derrière le corporatisme pour esquiver la justice », indique le rapporteur de la Commission. Après un silence de quatre jours, et un premier communiqué ministériel ambigu, hier matin, l’affaire a été portée devant la justice. « Nous ne reculerons pas dans l’assainissement et la professionnalisation du département de la sécurité publique », souligne le ministre Rafanomezantsoa, qui confie que l’inspecteur mis en cause a été suspendu, dès vendredi. Une procédure en interne pour appliquer les mesures disciplinaires est déjà en cours, ajoute le contrôleur général. L’exemplarité dans le respect de la loi, le professionnalisme, la probité, mais aussi, en nir avec le corporatisme, ont été exigés par Christian Ntsay, Premier ministre, devant les hauts responsables de la police nationale, le 19 août, à Ivato. Ceci dans l’optique de reconquérir la confiance de la population. « N’hésitez pas à sanctionner s’il le faut », a-t-il déclaré
Gary RANAIVOSON