Encore une fois, la Police nationale ou quelques-uns de ses éléments, se trouvent sous les tirs nourris des critiques. Mais cela suffirait-il à impulser un réel changement dans un Corps miné, sentant la putréfaction en plein nez. Sous le sceau de l’instauration de l’État de droit et de la lutte se voulant être implacable contre la corruption.

La goutte de sang qui a fait déborder le vase de la colère et de l’indignation de l’opinion publique nationale et internationale. Un inspecteur de police achève un présumé bandit blessé par balles, déjà à terre et sans arme, à Ampefiloha, après une chasse à l’homme depuis Antsahamanitra où deux de ses complices ont été abattus. Selon la version officielle, à prendre avec des pincettes, ces bandits auraient programmé un braquage. Le tir à bout portant a stupéfié les badauds venus aux nouvelles, dont des enfants, et a été filmé par un cameraman d’une chaîne de télévision privée appartenant à une ancienne ministre du HVM. Au vu et au su de tout le monde ou plutôt du monde entier, via les réseaux sociaux, où une avalanche de réprobations et de condamnations, s’est abattue sur la Police nationale.

EXCEPTION

Fait rarissime, Radio France Internationale, RFI, a ouvert son journal  d’Afrique Matin, par ce fait divers glaçant. Et dire que quelques jours  plus tôt, lors d’une journée bloquée au Centre de conférence internationale d’lvato, le Premier ministre Christian Ntsay a  remonté le brettelles des « gros bonnets des bérets gris ». Le chef du gouvernement s’est montré agressif contre les mauvaises pratiques des agents de la police, devenues des traditions immuables. Christian  Ntsay a insisté sur le refus du corporatisme de mauvais aloi, la corruption souvent à « portée de main », et les abus de pouvoir en tout genre. Une conscientisation de l’âme et de l’esprit. Il a raison de faire ces piqûres de rappel car des douloureux événements du passé ont mis en évidence des dérives policières flagrantes. 

Assassinat du juge Michel Rehavana, substitut du procureur de Toliara, qui a eu le malheur d’avoir traité le « dossier criminel » de l’un des leurs, expédition punitive dans le village d’Antsakabary, par des incendies de maisons et des tortures humiliantes infligées à la population, des prévenus maltraités et malmenés dans les violons qui en sortent avec les pieds devant, et bien entendu les tirs à vue sur des« suspects» avec des risques réels de balles perdues pouvant toucher et tuer de simples passants. Au mauvais endroit au mauvais moment.

RICOCHET

Le vendredi  saint en 2005, un jeune homme de 15 ans a été pris dans la fusillade entre des unités d’élite de la police nationale et la bande à Mahandry et Lama, les «maîtres incontestés» des rapts de l’époque. L’adolescent a été tué sur le coup. Les nombreux impacts de balles sur la voiture, en montant vers Ampasampito, dans laquelle il s’est trouvé avec d’autres membres de sa famille, attestaient qu’il a été pris pour cible. Par inadvertance, peut-être, par erreur certainement. Mahandry et ses hommes de main ont été« massacrés» dans leur planque, une coquette villa  nichée dans un domaine boisé à Ankerana. Leur «arsenal», un véritable «trésor de guerre», à côté de leurs corps inanimés, a été exhibé devant les journalistes ayant suivi la traque du début à son dénouement tragique et meurtrier. Avec les sacs bourrés de liquides. Comme pour prouver et justifier les actions brutales et un peu disproportionnées de la police nationale. Même si Mahandry et consorts ont été déclarés« ennemis de la nation » par une décision gouvernementale. Une grande première à l’honneur« d’une association de malfaiteurs». Ailleurs, les criminels les plus odieux, comme joseph Mengele, surnommé à juste titre« l’Ange de la mort», ayant organisé le génocide des juifs dans les camps de concentration nazis durant la seconde guerre mondiale, a eu droit et bénéficié d’un procès équitable à Nuremberg. Lama, de son côté, s’est évaporé dans la nature et il court toujours. Dans la plupart des cas, aucune poursuite judiciaire n’a été menée à son terme sur les policiers auteurs des « infractions » et ces délits prévus par le Code pénal. Malgré les interpellations des membres de la société civile militant pour le respect des Droits de l’homme, l’actuel ministre de la sécurité publique, Roger Rafanomezantsoa promet de faire le ménage . L’inspecteur à la gâchette facile a été aussitôt incarcéré à la Maison de force de Tsiafahy, pour servir d’exemple . Un coup de grâce salutaire pour redorer un blason souillé de sang.

 

Par Eric Ranjalahy